les idées qui font des petits!

On peut lire dans la Libre de ce lundi 7 septembre (p.19) que le gouvernement chinois va couper le robinet de crédits des industries les plus polluantes. Le gouvernement a pour objectif un gain d’efficacité de 20% de consommation d’énergie par unité de PIB entre 2006 et 2010. Dans cette perspective, il a notamment ordonné la fermeture d’usines obsolètes sous peine de geler leur accès au crédit.

Ce n’est un secret pour personne, sécuriser l’approvisionnement énergétique est la priorité n°1 du gouvernement chinois. Ce qui est intéressant ici, c’est l’efficacité du régime chinois. La dérive autocratique permet d’imposer « d’en haut » des politiques hautement impopulaires, ce qui est bien sûr un atout. Dans le contexte actuel, un président américain qui s’aviserait de mener une politique débouchant sur une augmentation – fut-ce de quelques dollars- du prix du pétrole, ne serait jamais réélu.Et pourtant, lorsqu’on analyse à quel point l’économie américaine est dépendante du pétrole, les politiques seraient avisé de réduire au plus vite cette dépendance, surtout face à le menace de dépletion imminente du stock de ressources pétrolières (voir article: la fin du pétrole).

La démocratie possède  ses limites lorsqu’il convient d’imposer des mesures impopulaires dans le but d’adoucir, donc d’anticiper, les effets négatifs d’un problème suspendu aux lèvres du temps. Bien souvent, le système démocratique est incapable de réagir à priori, c’est seulement une fois que la crise heurte « les gens » de plein fouet, qu’une politique volontariste à posteriori devient possible. On va le voir en Belgique, lorsque le gouvernement  nous imposera la plus longue cure d’austérité de notre histoire…il eu été tellement plus simple d’anticiper l’avenir sous la période Verhofstadt, lorsque la croissance distribuait ses fruits. Et je ne ferai évoquer ici que la bombe a retardement que constitue la problématique du financement des pensions et des soins de santé.

Tout ceci pour en venir à ce constat factuel: face à l’imminence et à l’ampleur de certains défis, la démocratie sous sa forme actuelle paraît bien désemparée. La question de la gouvernance, qui selon moi pourrait rétablir un juste équilibre entre technocratie et démocratie, se pose avec acuité. Concrètement, il s’agit de transformer le système actuel pour qu’il soit capable de prendre en compte le long terme. Aujourd’hui, les politiques travaillent constamment dans l’urgence et dépensent une énergie considérable a garantir leur visibilité (à ce sujet: lire A. Eraly (2002). Le pouvoir enchaîné. Etre ministre en Belgique. Editions Labor, pp. 358. Il faut s’accrocher, âmes sensibles s’abstenir!). Sans parler de la presse,  enfermée dans l’idéologie de l’instantané  et prisonnière de la logique marchande ( à ce sujet: lire I. Ramonet (1999). La Tyrannie de la communication.Gallimard, pp. 290).

Par exemple, il n’existe aujourd’hui aucun mécanisme d’évaluation systématique des politiques, de l’utilisation des deniers publics (dans l’administration!), et de réalisation des promesses tenues. Pourquoi? Parce que « les gens » s’en foutent, donc la presse n’en parle pas. Dans le contexte qui est le nôtre, le fait de se présenter à une élection en affichant un bon bilan est un atout presque négligeable, c’est malheureux. Occuper son temps à maximiser sa visibilité électorale est bien plus porteur en terme de voix.  D’autre part, il n’existe aucun mécanisme de sanction à posteriori  des politiques. A cet égard, l’Allemagne, en inscrivant récemment dans sa Constitution la nécessité d’avoir des finances saines, s’est dotée d’un instrument puissant pour forcer les politiques à sortir d’une vision court-termiste et les inciter à privilégier l’aspect gestionnaire par rapport à celui strictement politique de leur fonction.

Dans cette même logique, il me semble très clair que face à la problématique climatique, et surtout si on sait que nos économies vont devoir réduire leur émissions de   c02 (en terme absolu!!!) de 80% par rapport à celles de 1990 (date de signature du Protocole de Kyoto) à l’horizon 2050, qu’un mécanisme systématique d’évaluation des engagements pris devrait exister. Aujourd’hui, quel plan, quelle vision pour l’avenir avons-nous? Je suis tenté de dire aucune. Une juste application du principe de précaution, par ailleurs ancré dans les principes constitutionnels français ainsi que ceux du traité européen, réclamerait que des stratégies optimales à court terme soient réévaluées à intervalles réguliers à la lumière du nouveau flux d’informations générés par la recherche et les faits. Dans cette perspective, les objectifs définis à court terme, en attendant d’être réévalués, devraient être tenus. Des mécanismes de responsabilisation et de sanction des responsables devraient exister.

La presse possède un rôle crucial dans cette élévation du débat démocratique. Son fonctionnement devrait aussi répondre à des critères de bonne gouvernance plutôt qu’à la pure logique marchande. Ethique, missions d’ordre publique, indépendance, autocritique, analyse de l’information: voilà bien quatre qualités qui font aujourd’hui défaut à la presse « grand public ».

Je crains qu’en sus de prodiguer nos leçons sur les droits de l’homme aux chinois,  que nous ne puissions  faire l’économie d’un examen autocritique profond si nous voulons sortir du règne du court-termisme si destructeur à long terme.

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