les idées qui font des petits!

Les plus assidus ont certainement remarqué que Frappes Chirurgicales n’est pas un ensemble de réflexions éparses. Au contraire, on peut deviner une certaine continuité dans la réflexion. Actuellement, un sujet mobilise toute mon attention, je l’ai d’ailleurs déjà qualifié de « plus grand chantier de la pensée postmoderne » : notre économie peut-elle se passer de la croissance ?  

 Tim Jackson, professeur d’économie et président de la commission pour une économie soutenable financée par le gouvernement britannique a récemment écrit un rapport intitulé « Prosperity without growth. The transition to a sustainable economy » – La prospérité sans croissance. La transition vers une économie soutenable – sur ce sujet (voir :  http://www.sd-commission.org.uk/publications/downloads/prosperity_without_growth_report.pdf ). Je me propose ici d’en résumer l’enjeu principal.

 La fin de l’âge de l’irresponsablité

 Reprenons les faits voulez-vous. Ce début de siècle fait face à une crise sans précédent qui menace notre survie à long terme. Elle est la résultante d’un faisceau de facteurs interdépendants: la surpopulation, la destruction des écosystèmes, le changement climatique, la pénurie énergétique, les inégalités nord-sud.

 Ces facteurs combinés forment une nouvelle contrainte que notre système économique basé sur une croissance infinie induite par la consommation massive d’énergies fossiles et de matières premières est incapable de prendre en compte : la contrainte de la finitude. Les ressources naturelles ne sont pas extensibles, les écosystèmes ont une capacité de résistance limitée.  

 Comme l’écrit Jackson, durant le dernier quart du XXème siècle, l’économie globale a doublé de taille alors que 60% des écosystèmes ont été détruits. Les émissions de carbone ont augmenté de 40% par rapport à 1990, date de signature du Protocole de Kyoto. Compte tenu des prévisions démographiques, un monde de 9 milliards de personnes dans lequel chacun aspirait au niveau de prospérité de l’occident est tout simplement impossible. La taille de notre économie serait multipliée par le facteur 15  à l’horizon 2050 et 40  ( !) à la fin de ce siècle. En un mot, l’âge de l’irresponsabilité est  dernière nous.

 Les géologues situent le Pic Pétrolier, le point où l’offre de pétrole va plafonner à l’horizon 2010. Je vous propose de regarder cette petite vidéo de trois minutes afin que vous preniez la mesure de cette affirmation :  

 Si vous m’avez compris, vous devez ressentir le syndrome du stress post-pétrolier, c’est-à-dire ceci (à lire, j’insiste!):    http://villesentransition.net/transition/vision_positive/le_syndrome_du_stress_post-petrole    Sinon ? C’est que vous êtes toujours à côté de la plaque. Secouez vous. 

 La croissance : le problème

 Vous êtes avec moi ? Bien, au-delà des vertus cauchemardesques et  des conséquences imminentes de la fin de l’énergie bon marché, bien que les plus cyniques diront que c’est là l’élément déclencheur qui nous poussera activement à réinventer un modèle économique soutenable, se pose une question de fond : le problème n’est-il pas justement la croissance ?

 En effet, sans afficher un raisonnement simpliste, on peut dire que la crise, financière, écologique, énergétique, démographique, a été provoquée par un système tenu en équilibre par la croissance. Un peu comme une bicyclette,  si on arrête de pédaler, c’est la chute.

 Le rapport de Jackson explicite très clairement ce mécanisme connu de tous les économistes : l’économie de marché repose sur l’efficience technologique. Les acteurs sur un marché sont à la merci de la recherche de la rationalisation et l’innovation permanente pour assurer leur survie. Des améliorations continues de la technologie signifient que davantage peut être produit avec le même capital (humain et technique). Ces gains d’efficacité, en diminuant les coûts de l’entreprise, stimulent la demande, ce qui contribue à un cercle d’expansion vertueux de l’économie. Le problème c’est que moins de capital humain est nécessaire pour produire la même quantité de biens et que dès lors l’économie doit grandir assez vite pour que ces gains de productivité soient compensés. Si tel n’est pas le cas, l’augmentation de la productivité induit une hausse du chômage.

 Si l’économie ralentit pour une raison quelconque, c’est tendance continue à la hausse de la productivité va donc provoquer une hausse du chômage qui en retour va provoquer une baisse des salaires, donc diminuer les pouvoir d’achat des consommateurs. Cette baisse du pouvoir d’achat peut se traduire en perte de confiance des consommateurs qui va encore diminuer un peu plus la demande et enclencher un cercle négatif de contraction de l’économie.

 La récession va à son tour avoir un impact désastreux sur les finances publiques : les charges sociales dues à la hausse du chômage augmentent alors que les recettes (impôts) diminuent du fait du ralentissement de l’économie. L’Etat doit alors emprunter non-seulement pour maintenir son niveau de dépense mais aussi pour relancer la consommation. Au final, si l’économie ne « récupère » pas, elle s’enfonce dans une spirale négative qui peut mener un Etat à la faillite. 

 Comme l’indique Jackson, le point crucial ici est que la résilience, c’est-à-dire la résistance au changement d’un tel système, est faible. Lorsque l’économie se contracte, les mécanismes qui jadis contribuaient à son expansion se retournent contre elle et commencent à travailler dans le sens inverse.

 D’où ce constat péremptoire qui nous place aujourd’hui devant un fameux dilemme : dans une économie basée sur la croissance, la croissance est indispensable au fonctionnement du système. Il s’agit d’un paramètre fonctionnel encré dans la dynamique du système. Une économie capitaliste ne connaît pas l’état statique, elle est faite de cercles successifs d’expansions et de contractions. 

 Le dilemme de la croissance

A partir des deux points précédents on peut parler du « dilemme de la croissance :

 (1) d’un côté elle n’est pas soutenable car elle pressurise les écosystèmes et se goinfre insatiablement d’un stock de ressources limité. 

 (2) de l’autre elle est une condition nécessaire pour que le système ne s’enferme pas dans la spirale négative de la récession.

 Tout le défi aujourd’hui est de dépasser cette contradiction. Si j’en étais capable, je serais déjà prix Nobel. Je constate que Jackson semble plaider pour une économie stationnaire. A ce sujet, je me rappelle que le disciple du grand Georgescu Roegen, Herman Daly, s’est attiré les foudres de son maître pour avoir défendu l’hypothèse de la viabilité d’une économie stationnaire.

 Alors, demain la décroissance ? 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :