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La Fin du Pétrole

Et si on oubliait un peu la cuisine interne pour parler des vrais problèmes ? En tête du hit parade des missiles atomiques contemporains, loin devant BHV, M. Pétrole. J’avoue contracter un rictus cynique à chaque fois que je pense au bordel que çà va être à l’horizon 2015, lorsque le monde va devoir complètement se réinventer. Franchement, mai 68 c’était de la gnognotte comparé à l’ouragan de folie qui va bientôt défricher nos convictions les plus profondes. Le changement sera brusque et violent, nous ne sommes en rien préparé, ni psychologiquement, ni techniquement à la fin du pétrole. Petit pamphlet  en l’honneur d’une révolution…

Bon, commençons par faire un point sur la situation après quoi nous détricoterons certains mythes populaires. J’ai lu La face cachée du pétrole d’Eric Laurent, l’auteur de la guerre des Bush, une référence dans ce domaine. Qu’est-ce que j’en retiens ? Tout d’abord, une certitude : il n’y en a plus pour quarante ans. Le fameux Pic de production de Hubbert i.e le point dans le temps où la production de pétrole atteint son maximum, est probablement en passe d’être atteint ou a déjà été atteint (voir graphe) dans la plupart des zones de productions : Etats-Unis, Norvège, Mer du Nord, Mexique, notamment. Je n’avancerai aucune statistique ici du fait qu’il est impossible de trouver des sources fiables du fait de leur caractère éminemment politique. Les grandes sociétés pétrolières qui détiennent à peu près 20% des concessions mondiales dévisseraient aussitôt sur le marché boursier si elles annonçaient que leurs réserves diminuent (une situation déjà vécue par Total). Les 80% des réserves restantes sont détenues par des Etats, essentiellement au Moyen-Orient. Or, leurs quotas de production, et donc leur richesse nationale, dépendent des réserves annoncées. Comme le précise Eric Laurent dans un passage clé de son livre (p.222), « les réserves totales des pays de l’Opep ont connu une croissance vertigineuse de plus de 65 %, passant de 467,3 milliards de barils en 1982 à 771,9 milliards de barils en 1991. Sans qu’aucune découverte d’importance ne justifie cette hausse de plus de 300 milliards de barils. Cette augmentation coïncide avec un nouveau système de quotas mis en application en 1986 par l’Opep ». En effet, cela fait près de 30 ans qu’on n’a plus découvert de gisement très important et la plupart des experts semblent s’accorder pour dire que la majorité du globe a été prospectée.

Une certitude donc, l’offre va plafonner et puis régresser progressivement. Quand précisément, c’est impossible à dire, les dires des uns et des autres sont trop contradictoires, mais je penche pour l’urgence. De 1990 à 2000, le prix du baril a oscillé aux alentours des 20$, pour ensuite constamment grimper en flèche et culminer à 144$ en juillet 2008 (Le Monde Diplomatique. Atlas 2010, p. 97). En décembre 2008, il chutait brutalement à 34$ le baril suite au début de la crise financière. Depuis, les prix ont effectué une lente remontée et oscillent autour des 74$ le baril. Sachant qu’à l’horizon 2030 les demandes de la Chine et de l’Inde seront respectivement multipliées par 7 et 5 (Le Monde Diplomatique. Atlas 2010, p. 97) la logique impose – et ce même si ce ne sont que des chiffres- que les prix et certaines régions du globe politiquement géostratégiques ne tarderont pas à s’enflammer (je pense en particulier à la bataille d’intérêts qui se déroule actuellement en Mer Caspienne ainsi qu’au pôle nord). D’ailleurs, pour les naïfs, il convient de préciser que l’Irak, bien sûr, fut envahi pour son or noir. L’administration Bush, en particulier son vice-président Dick Cheney ainsi que sa secrétaire d’Etat Condoleezza Rice  (ainsi que Bush père) entretiennent des liens étroits –le terme consanguins est des plus approprié – avec le sérail pétrolier. On pourrait résumer l’affaire ainsi : l’administration américaine a armé Saddam Hussein dans sa croisade contre l’Iran. Celui-ci en est sorti vainqueur, il disposait alors de la quatrième puissance militaire mondiale, mais revers de la médaille, ses finances publiques étaient exsangues. Entretemps, le Koweït était devenu l’Etat le plus riche de la planète (proportionnellement à sa population) grâce aux pétrodollars. Une solution naturelle s’imposait donc à Saddam : envahir le Koweït. C’est ainsi que les troupes irakiennes se trouvèrent –d’après les révélations d’Eric Laurent, environ 6 mois avant les attentats du 11 septembre – à la frontière de l’Arabie Saoudite. Face à l’effroyable perspective d’une prise de contrôle de l’Arabie Saoudite par Saddam –qui lui aurait assuré le contrôle des prix du pétrole sur le marché mondial – l’administration Bush s’est faite un devoir de limoger son ex-partenaire, devenu tyran. De là à dire que les attentats ont servi comme prétexte à envahir l’Irak, il n’y a qu’un pas, à chacun de se faire sa propre opinion. Cette brève digression –non sans intérêt – pour soutenir la thèse que nous sommes au crépuscule d’un choc pétrolier majeur.

Bien, passons à présent à la phase de détricotage de quelques mythes tenaces. Disons le sans détour (entendez le sarcasme dans ma voix), la plupart des économistes sont convaincus que nous sommes ici face à un faux problème. La thèse dominante, empruntée à la religion du sacro-saint marché, peut se résumer ainsi : la demande va excéder l’offre ainsi les prix vont augmenter et la demande s’ajuster. En outre, la hausse des prix en augmentant la rentabilité du coût du baril va permettre aux sociétés pétrolières de forer dans des gisements jusqu’alors inaccessibles, ce qui va permettre de stabiliser l’offre. Dès lors, c’est tout en douceur que nous sortirons de l’ère du pétrole, la hausse des prix graduelle du pétrole stimulant l’innovation technologique et donc la recherche de nouvelles formes d’énergie.

Des conneries. La Loi du marché est incapable de résoudre le problème de la rareté, c’est un mythe. Elle ignore les flux physiques, or c’est précisément cette dimension qui est pertinente lorsqu’on envisage ce problème. Dans la vision des économistes orthodoxes, l’économie « crée des richesses » or rien n’est plus faux, en réalité elle ne fait que transformer les matières premières, un stock de basse entropie, en bien de consommation, un stock de haute entropie. Le processus économique en contribuant à augmenter l’entropie du système ne fait que produire des déchets, au sens physique du terme. C’est là le lourd héritage de Nicholas Georegescu-Roegen. En fait, le raisonnement correct est celui-ci: pour extraire du pétrole, du charbon ou des sables bitumineux, on a besoin d’énergie, et donc de pétrole. En d’autres termes, il arrive un moment où l’extraction n’est plus rentable, et ceci quel que soit le prix du marché. S’il faut brûler un baril pour en récupérer un, on ne le fera pas, même à 10 000 $ le baril (Ekopedia. Voir sur : http://fr.ekopedia.org/La_fin_du_p%C3%A9trole ). Conclusion : de nombreuses réserves d’hydrocarbure sont hors de portée.

Tout ceci pour émettre un constat en vérité assez simple : le stock de pétrole est fini.

La critique dira, avec justesse, qu’il existe un continuum de ressources en hydrocarbures qui n’est pas limité aux ressources pétrolières (à ce sujet, lire (1)). Par exemple, il est possible de fabriquer du pétrole à partir de charbon. Cette alternative est un cul de sac car le charbon –dont en passant les stocks sont encore très importants et la consommation mondiale ne cesse d’augmenter (2)– produits encore davantage de CO2 que le pétrole. Le recours au pétrole à défaut d’être limité par la contrainte de la raréfaction risque donc d’être limité par celle des gaz à effet de serre.

Il sera intéressant d’envisager dans un prochain article les conséquences pratiques de la fin du pétrole ainsi que les défis d’une transition réussie. To be continued.

(1)   D., Babusiaux, Bauquis, P.R. (janvier 2005). Anticiper la fin du pétrole. Le Monde Diplomatique.

Selon les prévisions du US Energy Information Administration (outlook 2008), la consommation devrait passer de 1,7 millards de tonnes équivalent pétrole à 4,7 millards de tonnes à l’horizon 2030. Source : Atlas du Monde Diplomatique 2010, p.

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Commentaires sur: "La Fin du Pétrole" (2)

  1. Haha, cool de retrouver ces précieux billets Thib! Juste une remarque au passage: le pétrole est-il précieux pour la production de l’énergie ou pour le stockage de l’énergie? Il me semble que nous avons pas mal d’alternatives, en premier lieu le nucléaire, pour la production d’énergie. Cependant le vrai problème énergétique est que nous n’avons pas d’alternatives pour le stockage de tant d’énergie en si peu d’espace (principalement donc pour le transport). Conclusion: économiquement cela vaut bien la peine de consommer plus que l’équivalent d’un baril de pétrole en énergie nucléaire produite pour retirer un baril de pétrole du sol, car celle-ci possède des caractéristiques que le nucléaire ne possède pas. La thèse de Gorgescue ne s’applique que si tous les substituts au pétrole disparaissent avec lui. Or tant qu’on peut transformer ne fut-ce que 10 unités de nucléaire en une unité de pétrole, le pétrole reste substituable. En considérant la fin du pétrole & nucléaire & éolien & solaire etc, nous arrivons bien au-delà de 2050: largement le temps de mettre au point d’autres méthodes de stockage et de production d’énergie.

    En faisant le lien avec la guerre d’Irak, tu marques un point. La ‘crise’ énergétique est un outil utilisé par certains dirigeants pour (i) détourner l’attention d’autres problèmes de société et (ii) pour justifier des guerres etc. Bref, de la manipulation de masse.

    • Hello Cédric, çà surfe toujours je suppose!

      Disons pour faire court que tu es fort optimiste par rapport au stock d’uranium. Lui aussi atteindra bientôt son pic d’Hubbert. A ce sujet, je te suggère de regarder cette conférence d’un parlementaire français Ecolo: http://video.google.fr/videoplay?docid=6305684796532777868#docid=799903528536673002. Il tire un peu en longueur, mais c’est intéressant.

      De façon plus large,la thèse qui se développe pas à pas dans mon cortex est que le monde va entrer dans une phase de décroissance.

      A dire vrai, je suis prêt à parier que les énergies renouvelables ne sont pas une solution au problème, le problème c’est l’inflation énergétique provoquée par la croissance: il nous en faut toujours plus alors que le stock de ressources -notamment pour pouvoir produire ces technologies renouvelables – est fini, il tend donc inéluctablement vers zéro. De là à dire que la croissance est LE problème…

      Je pense que j’aurai pas mal de choses à développer dans des billets suivant, notamment lorsque j’envisagerai les implications démographiques, géopolitiques, etc. de la fin du pétrole. To be continued donc.

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