les idées qui font des petits!

Il me semble, sans toutefois pouvoir retrouver la citation exacte, que l’économiste britannique Sir John Maynard Keynes (1883-1946), encore aujourd’hui le plus cité et le plus influent parmi ses pairs, eu à peu près ces mots : « lorsque l’humanité aura résolu le problème de la rareté, elle pourra s’adonner aux disciplines de l’âme que sont les arts ».

Cette sentence n’a jamais sonné autant faux qu’aujourd’hui. Le constat est là : la science économique a négligé l’origine même de la rareté en omettant de prendre en compte la « Terre » comme facteur de production.

En nous livrant cet enseignement, Georgescu-Roegen  donne une leçon d’humilité à l’humanité qui jusqu’ici a eu l’orgueil de se penser en dehors de la nature. Sa lecture m’a bouleversé, car il rompt avec le paradigme newtonien sur lequel la science économique actuelle est fondée.

Pour faire simple, la vision mécaniste newtonienne postule que notre développement suit le mouvement d’un pendule : si vous partez d’un point, vous pouvez y retourner infiniment, le temps est réversible. La formule « rien se perd, rien ne se crée » résume bien la portée abstraite de ce principe : il implique que lorsque l’économie connaît un choc, elle finit toujours en bout de course à revenir à son point d’équilibre antérieur. Cette conception doit être familière à ceux d’entre vous qui ont fait un peu de macroéconomie.

Cette vision est aujourd’hui dépassée car elle ne tient pas compte de la découverte du second principe de la thermodynamique, l’entropie, à propos duquel Einstein disait qu’il est à ses yeux la loi la plus importante de la physique. L’entropie fonde la conception évolutionniste de l’univers selon laquelle la vie évolue de l’ordre vers le chaos, de la vie vers la mort.

Fondamentalement, le principe d’entropie complète l’adage dit « de la mécanique céleste » : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Cette précision implique que l’image du pendule devient fausse, le principe d’entropie signifie dans son essence que le temps est irréversible : lorsque partant d’un point on atteint un nouveau point, le contre-mouvement n’est plus possible.

Les écosystèmes sont des systèmes complexes non-mécaniques.  Ils ont une certaine capacité de résilience écologique, c’est-à-dire  une capacité à retrouver un fonctionnement et un développement normal après avoir subi une perturbation importante. Or, si on va au-delà de ce potentiel de résistance au changement appelé « seuil » (« tipping point » en anglais), le système se déplace tout entier vers un nouvel équilibre de façon irréversible.  Par exemple, actuellement, le climat est en équilibre au point X. Demain, si on dépasse le potentiel de résistance de la biosphère, le système va évoluer vers le point Y, sans possibilité de retour.

Le principe d’entropie peut en gros s’exprimer ainsi : toute transformation d’un matériau augmente son entropie, soit la part d’énergie non-disponible qu’il contient. Par exemple, si on brûle un morceau de charbon, il va produire de la chaleur seulement pendant un temps car une partie de celle-ci va se dissiper, jusqu’à la dissipation complète : une partie de la chaleur va produire un travail et une autre se communiquer à ce qui est plus froid autour d’elle. Au terme du processus, le charbon ne produit plus de travail du tout, la matière a atteint un nouveau point d’équilibre irréversible.

L’enseignement de Georgescu-Roegen, peut se résumer par ce passage de son ouvrage « The Entropy Law and the Economic Process » (toujours largement inconnu) qui est à mes yeux l’ouvrage le plus révolutionnaire de la pensée occidentale depuis celui de Copernic  et de Darwin (16ème siècle) : « tout Progrès technique est anti-économique, il produit des déchets car il augmente l’entropie du système tout entier. « Chaque fois que nous produisons une voiture, nous détruisons irrévocablement une quantité de basse entropie qui, autrement pourrait être utilisée pour fabriquer une charrue ou une bêche. Autrement dit, chaque fois que nous produisons une voiture, nous le faisons au prix d’une baisse du nombre de vies humaines à venir.« 

Lourd héritage que celui de ce grand mathématicien-économiste (disciple du grand Schumpeter, brillant professeur), mort en 1970 dans l’ignorance la plus complète. A l’heure du défi écologique, son hérésie n’a jamais été autant d’actualité. Il nous faut, dès à présent, intégrer et dépasser la pensée de cet homme, c’est une question d’équité inter-générationnelle.Cette vaste tâche commence probablement par l’acceptation de cette double vérité:  (1) la définition de l’écologie est : « l’économie de la nature » ; (2) nous ne sommes pas en dehors de la nature, notre espèce est aussi soumise à ses lois.

Publicités

Commentaires sur: "Le principe d’entropie : comprendre l’hérésie de Georgescu-Roegen." (5)

  1. Je m’insurge depuis de nombreuses années contre l’utilisation d’expression telles que la révolution informationnelle, ou la société de l’information, envahissement par trop d’information. En effet ce que nous voyons c’est une révolution informatique (data processing en anglais: traitement de données) et pas une révolution informationnelle: nous produisons de plus en plus de données mais au total très peu d’information, ce faisant nos systèmes informatiques contribuent à l’accroissement de l’entropie… Mais ils ne sont pas les seuls, bien des soit disant avancées technologiques sont loin de produire de l’information pour ne faire qu’accroitre l’incertitude donc augmenter l’entropie.

    Sur les pages de mon site web, voir « La nouvelle économie mythes et réalités »
    ( http://trehinp.dyndns.org/prehistautistic/la_nouvelle_economie.htm ) j’ai aussi développé l’idée que l’information au sens de réduction de l’incertitude pourrait constituer une meilleure mesure de la valeur que les méthodes usuelles de mesures de la valeur, en particulier telles que comptabilisées dans les agrégats économiques standards comme le Produit Intérieur brut ou le Revenu intérieur brut, et autres mesures de la comptabilité nationale des divers pays.
    Voir Tentative de Théorie Informationnelle de la valeur (http://trehinp.dyndns.org/prehistautistic/tentative_de_theorie_information.htm )

    L’information comme inverse de l’entropie : néguentropie, terme créé par Leon Brilloin, « Science and Information Theory », pourrait être considérée comme source de valeur, contrairement à la valeur monétaire chère aux économistes classiques et néoclassiques.

  2. L’entropie est un concept des sciences physiques. Ce mot a été utilisé hors de son contexte dans les sciences humaines. Je veux bien qu’un mot d’une discipline soit kidnappé par une autre discipline dans un autre sens. Mais de grâce, il faut éviter de lui appliquer le même sens. Cela ferait sourire un physicien. C’est navrant de lire de bonnes publications de sociologie qui sombrent en prétendant appliquer les propriétés physiques de l’entropie aux sciences humaines.

    Le mot « information » a été kidnappé par les physiciens pour en faire un concept des sciences physique dans un sens complètement différent. Il existe ainsi deux définitions distinctes pour le même mot. La confusion ne devrait pas être possible puisque les domaines sont différents. Et pourtant, cette homonymie alimente bien des confusions dans les esprits.

    Dans le même genre, il y a le mot « race ». Jusqu’au début du 20e siècle, ce mot avait plusieurs significations. Selon le contexte, le mot « race » désignait une famille, une culture, un peuple, une couleur de peau. Les biologistes utilisaient eux aussi le mot « race » pour classer les innombrables espèces vivantes. Le mot « race » dans la bouche des biologistes avaient un signification très restrictive. Le dictionnaire Larousse est un témoin utile de l’évolution du sens des mots selon les années. Vers 1970, le mot race des biologistes a soudain chassé les autres usages du mot « race ». Et c’est devenu une affaire pénale de confondre les deux significations.

    Alors, évitez d’utiliser le mot « entropie » dans les sciences humaines avec son sens des sciences physiques. C’est tout simplement faux. Chaque concept d’une science peut donner des intuitions pour comprendre d’autres sciences. Mais à condition de ne pas tout mélanger.

    • Je vous suggère de lire Georgescu Roegen, après nous rediscuterons de votre objection qui est « que l’entropie n’a rien à faire dans les théories économiques au motif que c’est un principe émanant d’uen science exacte ». Justement, le but de la bioéconomie est d’abattre le Mur de Berlin entre les sciences dites de « l’Homme » et celles dites de la « Nature », c’est un spécimen dans le paysage scientifique puisque cette discipline est transdisciplinaire.

      • Extrait de wikipeda sur Georgescu Roegen: « Bien qu’il n’eût pris que deux cours d’économie à la Sorbonne, il aboutit à la conclusion que « les phénomènes économiques ne pouvaient être décrits par un système mathématique2 ».

        ni vous, ni Wikipedia ne me motive pour consacrer du temps à lire les écrits de ce chercheur. A priori, une théorie de l’entropie en science économique est absurde. Seuls ceux qui ignorent les sciences physiques, et les sciences économiques peuvent s’égarer dans ce vide de la pensée économique.

  3. Mais libre à vous très cher. Toutefois, critiquer quelqu’un avant d’avoir pris le temps de le lire, c’est un petit peu léger, impétueux, voir franchement impertinent, et tout sauf scientifique.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :