les idées qui font des petits!

Attention aux âmes sensibles, cet article développe une thèse révolutionnaire (bien que déjà largement développée par des économistes hétérodoxes) , il condamne la pertinence de notre paradigme économique basé sur la croissance, le Mythe du Progrès Eternel, ainsi que la développement durable tel qu’on l’entend aujourd’hui. J’ai essayé de clarifier ma démarche un maximum pour que les non-économistes puissent comprendre mon message. N’hésitez pas à me faire parvenir vos remarques critiques en cliquant sur le bouton « commentaire ».

  1. Fonctions de la croissance

Traditionnellement, la croissance est exprimée comme fonction de trois paramètres : le travail (le capital humain), les machines et les biens produits (le capital technique) et les ressources naturelles non renouvelables (le capital naturel). En effet, les ressources naturelles se divisent essentiellement en deux classes : les ressources renouvelables (le stock de poissons dans l’océan, les forêts, …) et non-renouvelables (le pétrole, l’uranium, le cadmium,…).

Double remarque : (1) le stock de ressources renouvelables peut se déprécier si on le gère mal, ce qui est le cas aujourd’hui. (Cf. Forêt amazonienne, surpêche, etc.) ; (2) à très long terme, des stocks de matière non-renouvelable se recomposent (le pétrole par exemple)

Proposition 1. Q = aKh * bKt * cKn avec a + b + c = 1 (Solow/Stiglitz) 

Avec Q, la quantité produite ; Kh le capital humain ; Kt le capital technique et Kn les ressources naturelles non-renouvelables.

Le capital humain est composé de deux éléments : la matière (le corps humain) et sa source d’énergie (l’eau et la nourriture). Ces deux éléments combinés fournissent le stock de travail. Ils sont tous deux renouvelables (si on les préserve !). Un développement basé exclusivement sur l’homme, immatériel donc, est durable.

Proposition 1.1. Kh=Humain+Nourriture (= travail)= matière (humain) + énergie (nourriture+eau) renouvelables : durable

Le capital technique est le fruit d’un processus de production usant du capital humain (travail) et des ressources non-renouvelables. Il utilise donc des humains et des ressources non-renouvelables comme matière et de l’eau et de la nourriture comme énergie. Vu qu’il use de matière non-renouvelable (le capital naturel), se pose la question de la durabilité de ce processus.

Proposition 1.2. Kt= matières premières non-renouvelables + travail = matière (humain et ressource non-renouvelable) + énergie (nourriture+eau) : matière en partie non-renouvelable et énergie renouvelable = durable ?  

  1. Problème 1:

Le processus de croissance consomme du capital naturel (Kn), par conséquent son stock tend vers zéro. Par exemple, nos ressources de pétrole diminuent. Quand Kn = 0, la fonction de croissance devient :

Proposition 2 : Q = aKh * bKt avec a + b = 1

Que faire ?

  1. Hypothèse: substitution parfaite entre Kt et Kn

Exemple : on veut fabriquer une batterie de gsm. La fonction de croissance selon la proposition 1 est : Batterie = travail*machine*cadmium. Or, à priori, ces trois composantes sont complémentaires. Sans cadmium, impossible de produire une batterie. Au contraire, l’hypothèse d’une substitution parfaite postule que lorsque le capital naturel sera épuisé (Kt = 0), qu’on pourra toujours fabriquer des portables à base du capital technique (Kt) (les vieux gsm’s par exemple) et du travail (Kh) . D’après moi, cette hypothèse est absurde, sauf si on arrive à reconstituer le stock initial Kn via le recyclage, i.e. à inverser le processus de production.

  1. Recyclage et innovation technologique

Comme précisé dans le point 3, l’hypothèse d’une substitution parfaite entre le capital technique (Kt) et naturel (Kn) implique que le recyclage pour « redécomposer » un bien périmé dans ses matériaux de base soit possible. Par exemple : récupérer le cadmium dans tous les gsm’s usagés, ou redécomposer un ordinateur en cuivre, or, plastique, etc.

C’est ici que l’innovation technologique est censée nous sauver.

  1. Problème 2

Problème 2.1.

L’innovation technologique demande de former du capital humain qui va avoir besoin de capital technique et de nourriture pour pouvoir se former (un ingénieur par exemple). Or, le capital technique exigera de l’énergie pour fonctionner. Vu que Kn = 0, il nous faut trouver une nouvelle source d’énergie renouvelable cette fois;

Trouver une nouvelle source d’énergie renouvelable est possible. Je vois cinq possibilités :

  1. Vent : éoliennes
  2. Vagues : voir http://www.planete-energies.com/contenu/energies-renouvelables/voies-du-futur/energie-courant-ocean/vagues.html
  3. Soleil : énergie solaire
  4. Terre : géothermie http://www.soultz.net/fr/rapports/fete_science2003.pdf

+ l’hydrogène.

Problème 2.2.

L’innovation technologique est elle-même une nouvelle formation de capital technique nécessitant du capital humain et naturel.

Si le capital naturel est épuisé (Kn = 0) et que la substitution entre celui-ci et le capital technique est imparfaite, notre modèle économique ne peut dans l’absolu se passer de matières premières non-renouvelables !

Dans ce cas, notre potentiel de croissance converge vers 0 : si Kn = 0 et que Kt n’est pas totalement substituable à Kn, notre potentiel de croissance ne peut que décroître.

Problème 2.3.

Le recyclage risque de produire des déchets. Notre développement mise une fois de plus sur l’innovation technologique pour éliminer ces déchets. En T=0 le processus économique produit des déchets. En T = 1,… on suppose pouvoir recycler ces déchets.

  1. Conclusion :

Ma conclusion est donc que se basant sur l’hypothèse que le capital technique n’est pas un substitut parfait du capital naturel, mais au contraire que ces deux types de ressources sont complémentaires, que le paradigme de la croissance (à moins de coloniser d’autres planètes) n’est pas durable à cause du caractère irréversible de notre système production : l’innovation technologique est incapable de recycler le stock de ressources naturelles. Notre processus de développement économique est irréversible. Nous ne pouvons faire et défaire ce que nous avons produit.

  1. La fin du Mythe du Progrès

Cette constatation condamne l’idée d’une croissance matérielle infinie, le Mythe du Progrès infini. Pour rappel, l’Occident est rentré avec Rousseau dans ce qu’on appelle l’Histoire avec un grand « H », c’est-à-dire le temps linéaire. Jadis, les sociétés vivaient dans un temps circulaire, l’idée de Progrès, de Marche de l’Histoire est quelque chose de relativement nouveau. La Décroissance, c’est çà. Elle condamne la possibilité d’une croissance infinie et donc aussi l’idée de développement durable, tel qu’on le conçoit aujourd’hui. Les Ecolos néomarxistes, les vrais, ne prônent pas le « green capitalism », c’est-à-dire une verdurisation de nos processus, mais la fin d’une  croissance matérielle effrénée car  destructrice.

  1. Le principe d’entropie en physique, une explication rationnelle

J’ai accouché de ce raisonnement tout seul (mais j’ai eu des cours d’économie du milieu , fait un mémoire sur le principe de précaution et été mis sur la voie en lisant Christian Arnsperger (Ucl)) mais la paternité en revient à Nicholas Georgescu-Roegen, le père de la bioéconomie.

Selon cet éminent économiste, le Progrès éternel est un mythe car la dynamique économique sur laquelle il se base contredit le second principe de la thermodynamique, la loi de l’entropie. Je poursuivrais volontiers mon exposé, mais j’ai trouvé un texte qui développe de façon intelligible et concise cette thèse. Voir : http://www.ecosociosystemes.fr/decroissance_soutenable.html

Dans sa quête de l’universel, la science économique à oublié le facteur ressource naturelle (la Terre) comme facteur de production. Traditionnellement, seul le travail et le capital son pris en compte dans ce processus. A lire et relire, ce n’est rien de moins qu’une révolution de notre paradigme économique qui est évoquée ici ! Pour les amateurs du genre, je vous invite à lire l’ouvrage du maître himself (que je vais m’empresser de lire à mon tour pour contempler toute sa puissance subversive): http://home.scarlet.be/~mp060204/site/sources/La%20d%E9croissance%20-%20Nicholas%20Georgescu-Roetgen.pdf

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Commentaires sur: "Croissance & Mythe du Progrès Eternel: le dévellopement durable n’est-il qu’un leurre?" (2)

  1. Cédric a dit:

    En poussant cette logique à bout, ne peut-on pas conclure que le développement devient facteur non seulement du travail, du capital et des ressources limitées, mais également d’énormément d’autres facteurs? La théorie économique les intègre un peu facilement sous le dénominateur commun d »externalités’ (tout comme le manque de ressources provoqué par la production peut être considérée comme une externalité). Mais la faille de la théorie est tellement énorme qu’elle en devient aveuglante.

    Il me semble que l’échec de la théorie économique est lié à plusieurs choses:
    1. on n’a pas (encore) fait tous les liens, donc la théorie est (et restera) imparfaite si elle vise à offrir un modèle d’analyse de la réalité économique.
    2. par ailleurs, il y est impossible de tenir compte d’éléments non quantifiables.
    3. la théorie partante de prémisses simplifiées à l’extrême, forcément le résultat ne correspond pas non plus à la réalité.

    Si le but de la théorie économique est de proposer un modèle pour faire les choix politiques nécessaires au développement, le premier débat à faire n’est-il pas de savoir ce que l’on entend par ‘développement’?

    • si, très clairement. On confond développement et croissance. Lit Goergescu-Roegen, tristement mort dans l’indifférence la plus totale pour avoir évoqué cette thèse hérétique: la sciences économique n’a pas changé de paradigme depuis Newton, alors que la seconde loi de la thermodynamique a inventé le temps irréversible.

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