les idées qui font des petits!

dans la série « halte au populisme et aux solutions faciles »

L’insécurité est un thème récurrent dans les médias. Les actes d’agression violents régulièrement constaté à Bruxelles (Joe van Holsbeeck, Molenbeek, braquages de bijouteries par exemple) ont fini d’ériger « l’impunité » en thème de campagne. On se souviendra des réactions musclées de M. Modrikamen proposant « de mettre des soldats dans la rue s’il le faut » et du président du Sénat, M. De Decker, proposant d’encadrer les jeunes délinquants par des militaires. On se souviendra aussi des critiques à l’égard des propositions de réforme de la Justice du ministre De Clerck, en particulier celle de l’application des peines.

S’il est incontestable qu’il existe aujourd’hui un fort sentiment d’impunité qui doit être jugulé par un renfort du contingent policier et une plus grande efficacité de la Justice, il faut garder à l’esprit que ce ne sont là que des mesures en aval. Le volet sanction doit s’accompagner d’un volet prévention en amont visant à combattre le mal à sa racine.

L’insécurité économique et sociale est incontestablement une des sources du mal sécuritaire. Avec un taux de chômage de 19,5%, soit presque le double de la moyenne belge, des jeunes (15 à 24 ans) dans leur ultra-majorité (33%), l’insécurité sociale dans la capitale est grande (1). Un paradoxe si on sait que la région Bruxelloise contribue au PIB (20%) pour le double de sa population (10%). La figure 1 montre l’acuité du problème : la grosse majorité des demandeurs d’emplois inoccupés (DEI) ne possèdent pas leur certificat d’enseignement secondaire.

Figure 1 Source: (1)

Mais s’arrêter à ce simple constat serait hypocrite. Mon hypothèse est que l’autre facteur, sociologique, qui explique le sentiment d’insécurité à Bruxelles est le métissage de sa population. Au 1er janvier 2008, 295.043 personnes parmi les 1.048.491 habitants officiellement recensés étaient de nationalité étrangère, soit 28,1%. Ce pourcentage est plus de trois fois plus élevé que la moyenne belge de 9,1% d’étrangers. Si on tient compte des étrangers inscrits au registre d’attente, cette part se monte à 29,3% contre une moyenne nationale de 9,6%. Ce constat en soi n’est ni surprenant, ni dérangeant. Après tout, la région de Bruxelles-capitale est avant tout une métropole, la capitale d’un pays, et celle de l’Europe de surcroît, elle possède donc des caractéristiques socio-démographiques propres. D’ailleurs, il serait malhonnête d’omettre que respectivement 14%, 16% et 17% de ces étrangers sont issus de l’UE 15, 25 et 27. Comme il serait tout aussi malhonnête de ne pas préciser qu’il ne s’agit là que d’indicateurs « légaux », c’est-à-dire basés sur la nationalité. Par conséquent, des indicateurs sociologiques seraient plus appropriés (par exemple, les naturalisations récentes ne sont pas prisent en compte) (2). La figure 2 brosse un tableau plus contrasté de la réalité Bruxelloise :

Figure 2. Source: (2)

Reste que prouver l’hypothèse que le métissage de la population bruxelloise est à l’origine d’un sentiment d’insécurité est délicat. Sans oublier que le cas échéant, il faudrait encore établir si ce sentiment est objectif ou subjectif. Dans cette perspective, il conviendrait d’user d’une double approche : (1) interroger la population belge d’origine belge sur son ressenti par rapport à cette question permettrait de dégager un hypothétique sentiment d’insécurité subjectif lié à une méfiance de l’autre; (2) Dans un second temps, il conviendrait de vérifier si ce sentiment se justifie objectivement. A cette effet, il faudrait user de statistiques de la criminalité basées sur des critères sociologiques (couleur de peau, origine, …) et non juridiques (la nationalité), ce qui dans une société démocratique est très délicat. En bref, l’enjeu serait d’évaluer le degré de tolérance d’une population et les caractéristiques sociologiques des fauteurs de troubles.

Si les résultats de cette enquête démontraient l’existence d’un sentiment d’insécurité subjectif, les moyens à employer seraient bien différents de ceux concluant à une recrudescence objective des actes de violence de populations ayant certaines caractéristiques sociologiques. Dans le premier cas, c’est le vivre ensemble, la cohabitation d’ethnies différentes qui serait en cause : le terme « poudrière sociale » prendrait tout son sens. Une augmentation du nombre de policiers n’y changera rien, c’est sur l’intégration et le dialogue des populations qu’il faudrait travailler. Dans le second cas, il faudrait travailler en aval sur un renforcement de la surveillance de ces groupes et en amont sur des politiques sociales de prévention et d’intégration.

Donc, pour ramasser un peu ma pensée : (1) il y a un problème très clair au niveau de l’enseignement bruxellois qui alimente une insécurité sociale qui dégénère en actes de violence ; (2) le métissage de la population bruxelloise est un terreau propice à une montée de l’intolérance qui peut déboucher sur un sentiment subjectif d’insécurité ou, chose beaucoup plus grave, dégénérer en mini-guerre ethnique. Dès lors, il est crucial que (1) la région bruxelloise hérite des compétences et de moyens financiers lui permettant de dispenser un enseignement adapté au profil socio-économique de sa population (et c’est donc davantage de Justice sociale dont il est question dans ce dossier que de justice coercitive…); (2) il devient urgent qu’on réfléchisse à un modèle de cohabitation interculturelle.

La boucle est bouclée, rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. Certes, mais j’ai écris ce billet dans le but d’amener la question centrale du débat : une société multiculturelle est-elle possible, et si oui, à quelles conditions ?

On distingue habituellement trois modèles de cohabitation : l’assimilation, l’intégration et le communautarisme. L’assimilation consiste à rogner l’identité d’autrui, elle n’est pas compatible avec les valeurs d’une société démocratique. Le communautarisme fait actuellement l’objet d’un débat houleux dans le monde francophone (cf. débat sur l’identité nationale en France), il mérite que j’y consacre un billet. L’intégration est la troisième voie, médiane, qui pour moi constitue le compromis entre ces deux extrêmes, je lui réserve aussi un autre billet.

(1)   IBSA. Indicateurs statistiques 2009 (chômage). Voir : http://www.bruxelles.irisnet.be/cmsmedia/fr/is_2009_chomage.pdf?uri=ff80818127978cf701279a4924ae0161

(2)   IBSA. Indicateurs statistiques 2009 (population). Voir : http://www.bruxelles.irisnet.be/cmsmedia/fr/is_2009_population_structure.pdf?uri=ff80818127978cf701279a41886a005d

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Commentaires sur: "Justice et insécurité à Bruxelles : remonter à la racine du « Mal Sécuritaire" (2)

  1. Alek a dit:

    Il y a pas besoin de faire d’études sociologiques pour le savoir, bien sur que la population d’origine étrangère fait corrélation avec le taux de criminalité.

    Mais ce qu’on oublie de voir en-delà de ca, c’est qu’il y a aussi corrélation avec le « niveau social » j’entends par là, l’intégration professionnelle, leur intégration aux yeux des racistes desquels ils doivent subir chaque jour les brimades, la discrimination à l’embauche…

    C’est parce qu’on ne les intègre pas et qu’il y a discrimination que le clivage est enclenché et qu’il y a donc repli communautaire et marginalisation.

    Concentrons les policiers comme le propose une des solutions que tu proposes et s’en sera fini de l’intégration et on ne pourra plus jamais vivre dans un pays ouvert!

    Et là le repli communautaire se transformera en repli nationaliste, et ca, ca serait bien de l’éviter!

    • en fait, je fais deux hypothèse. La première est qu’il y a un problème socio-économique, çà c’est une chose. Je devrais peut-être ajouter un graphe, car les demandeurs d’emplois et les gens peu formés sont majoritairement des belges, et non des étrangers comme on pourrait le penser. Ma solution, c’est un meilleur enseignement. Mais viens alors le second problème, qui découle du métissage de la population, et ce, indépendamment du facteur socio-économique. En clair, le problème sécuritaire pourrait davantage émaner d’une réelle peur de l’autre, d’un sentiment subjectif, que d’une recrudescence objective de la violence. Et si c’est le cas, il faut travailler sur le vivre ensemble, je ne vois pas d’autre solution. Conclusion: le discours sécuritaire est peut-être complètement inadapté au problème de Bruxelles. Ce n’est qu’une hypothèse bien sûr.

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