les idées qui font des petits!

En avant pour une réflexion qui va en bousculer plus d’un. Elle émane du constat que le chômage des jeunes explose. Alors que l’éventail de formations proposées n’a jamais été aussi large,  il y a totale inadéquation entre l’offre et la demande de travail sur le marché. Et le problème devient critique, il est temps de réfléchir à des solutions.

Ma réflexion est ancrée dans le constat factuel et à la fois idéologique que l’enseignement en Belgique est considéré comme un bien public (au sens juridique du terme) et par conséquent financé par l’impôt prélevé sur la collectivité. Ainsi, chacun finance en fonction de ses revenus, l’enseignement de tous. Les allocations de chômage dont bénéficie automatiquement un jeune après son « stage d’attente » au sortir de ses études émanent également d’un processus de solidarité.

Mettons les pieds dans le plat, ce système ne tient pas la route car il oublie d’établir un juste équilibre entre responsabilité individuelle et collective. Chacun est libre, bien sûr, de choisir ses études, mais il y a une contrepartie à cela : la responsabilité individuelle. Dans le système actuel, celle-ci est occultée par la responsabilité collective qui finance les allocs, un paradoxe.

Pour le dire platement, le marché de l’emploi ne fonctionne pas, il y a inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi car un étudiant qui s’engage dans une filière bouchée ne bénéficie pas d’incentifs suffisants à assumer les conséquences futures de son choix. Il convient donc d’opérer des corrections à l’entrée et non à la sortie, lorsqu’il est trop tard.

Une mesure simple serait d’établir un cadastre des études qui établirait un inventaire minutieux des besoins du marché du travail. Bien entendu, cet organisme travaillerait sur un horizon de cinq ans minimum. Les différentes professions seraient alors classées en plusieurs catégories : vert, orange, rouge. Cette information serait mise à disposition des écoles et des élèves, on gagnerait déjà beaucoup en efficacité : « une personne informée en vaut deux » dit le dicton.

Pouvoir poser un choix en connaissance de cause est un premier pas. Toutefois, le volet « information » ne suffit pas à lui tout seul. Comme pour la sécurité, il faut travailler en aval sur la prévention et en amont sur les sanctions. Une diminution des allocs pour les métiers rouges serait inefficace car intervenant trop tard. En revanche, une hausse du minerval pour les voies bouchées (les socialistes diront une baisse pour les études « profitables », question de point de vue) serait un premier pas intéressant. Je vois déjà les néos-communistes crier au scandale. Et pourtant, cette politique n’en serait que plus égalitaire car chacun contribuerait enfin dans une juste proportion aux coûts de sa formation…

Concluons par un dernier point : fermeture des usines à chômage. Les filières ne dégageant pas des perspectives d’emploi à long-terme seraient retirées de l’offre de formations (filières « noires »?!). Quitte à les ouvrir à nouveau plus tard.

Franchement, il est temps de réformer l’accès aux études. Le financement doit rester public et l’accès universel car je suis très attaché à l’égalité des chances, une qualité que beaucoup de systèmes en Europe ne garantissent pas. Hausser le prix du minerval pour certaines filières n’est pas une remise en question de ce choix collectif mais une mesure pragmatique pour apporter une solution à ce problème : les chômeurs coûtent cher à la collectivité.

Si le montant des allocs économisées se révélait supérieure à la hausse du prix des études, cette mesure serait économiquement efficiente.

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Commentaires sur: "Chômage de masse des jeunes : pour une réforme de l’accès aux études." (4)

  1. Martin a dit:

    Salut Thib.
    Je me permets de commenter cet article car, bien que l’intention soit louable (vouloir améliorer l’enseignement supérieur), il me semble que cette proposition laisse beaucoup trop d’éléments à prendre en compte sur le côté pour se concentrer presqu’exclusivement sur l’aspect économique du sujet, ce qui la rend irréalisable.

    En effet, tu pars du principe faussé qu’une filière particulière = un emploi précis sur le marché du travail. Si ça peut marcher pour certaines d’entre elles (on admet facilement que faire des études d’ingénieurs amène à bosser comme ingénieur dans un bureau/un chantier quelconque, des études de médecine dans un cabinet/un hopital, etc… même s’il y a toujours des exceptions, et elles sont parfois légion), ce n’est pas du tout le cas pour d’autres, et je pense surtout à certaines filières des sciences sociales. En effet, étudier l’histoire ne t’amènera pas forcément à l’enseigner ou à travailler comme chercheur dans cette discipline, tout comme étudier la socio ou, encore pire, l’anthropo voire la philo ne donne pas accès à UN métier en particulier.

    Il est donc à mon sens illusoire « d’établir un cadastre des études qui établirait un inventaire minutieux des besoins du marché du travail », car se pose alors une question fondamentale : quelles études amènent à quel(s) job(s)? Je prends un exemple, à savoir moi-même : j’étudie l’anthropologie. Je deviens quoi à la fin de mes études? Anthropologue, c’est bien beau, mais ça ne me mènera jamais à un métier bien précis (sauf dans le cadre de la recherche et peut-être de l’enseignement). Cela ne veut pas non plus dire que je ne trouverai pas de boulot dans un domaine qui me plaît et pour lequel j’ai été (au moins un peu) formé ; c’est simplement que la catégorisation de ce type d’études, et par conséquent ses débouchés, sont beaucoup plus flous. De plus, à propos de l’inventaire, il en existe déjà plus ou moins un (même s’il n’est pas systématique, qu’il est à prendre avec des pincettes, etc…), et par exemple chaque année on entend dire qu’il est déconseillé de faire la psycho, qu’il y a beaucoup trop d’étudiants qui s’inscrivent dans cette fac, etc… Donc, même en voulant l’améliorer (à grand renfort de sondages et autres outils quantitatifs, bien sûr), on n’aboutirait quand même à rien, en se tenant à ce que j’ai dit plus haut.

    Ensuite, c’est surtout cette phrase qui m’irrite : « Et pourtant, cette politique n’en serait que plus égalitaire car chacun contribuerait enfin dans une juste proportion aux coûts de sa formation… » Je pense que tu te fourvoies lourdement, certainement à cause de ta méconnaissance du dossier : en effet, les étudiants universitaires ne coûtent pas tous la même somme à l’Etat. Il y a 3 types de financement différents (qui varient en fonction de la filière), appelés A, B et C (ma foi très original) : sans rentrer dans les détails (aussi parce que je ne les connais plus) le B correspond à la moyenne (~8000€ par étudiant et par an), le A aux étudiants des facs les « moins bien payés » (~40-50% de moins que les B) et les C ceux qui nécessitent le plus d’argent, et aussi les plus « rentables », environ 40-50% de plus que la moyenne. Evidemment, ceux qui empochent le plus sont ceux qui ont besoin de plus de matériel (médecine, vété, ingénieur, etc…) et il y a une tendance à financer les études plus « dans l’ère du temps » et « rentables », càd celles citées 3 lignes plus haut. Ainsi, tu proposes que les étudiants dont les facultés sont déjà les moins subsidiées, càd une bonne partie des sciences sociales (pas seulement l’ISHS à Liège, mais aussi Philo&Lettres…) doivent payer un minerval plus élevé parce que ce serait « plus égalitaire », plus « juste »? Tout cela, bien sûr, en maintenant un « accès universel » à l’alma mater, comme tu dis ; je n’arrive pas à cerner comment tu veux dans le même temps augmenter les coûts des études dites « peu rentables » tout en prônant un accès universel à l’université… (je ne parle même pas de l’idée de fermer les « filières à chômeurs », qui est aberrante!).

    Je pense d’ailleurs que ton argumentation est d’ailleurs clairement biaisé par cette idée d’efficience économique (cf. ta conclusion), alors que l’université, ce n’est (fort heureusement!) pas que ça du tout!

    Enfin (c’est mon avis, libre à toi d’en faire ce que tu veux de toutes façons), le problème réside dans le fait que, comme je l’ai dit au début, une filière, un type d’étude ne t’amène pas uniquement à un type de boulot et que, bien que tes propositions puissent apporter un élément de réflexion (je parle de tes articles en général), l’analyse économique montre parfois (souvent!) ses limites.
    Martin.

    • salut Martin. Merci pour ta réponse, un intervenant de plus dans le débat, çà fait plaisir.

      J’ai répondu à françois qui vient aussi de poster un commentaire.

  2. Franchement, Thib, je peux partager quelques-uns des éléments de fond de ta réflexion, mais tu vas trop loin! À t’écouter, c’est tout le non-marchand qui passe à la trappe, tout ce qui n’est pas sciences pures et dures, économie ou (para)médical !

    Régir les études uniquement sur base de critères de marché, dans une société précisément dominée par la logique de marché et la logique capitaliste, c’est ruiner fissa les secteurs de la culture et des sciences humaines et sociales, bref, la porte ouverte à la dictature!

    • ah, enfin, un débat! C’est marrant d’observer comme seules les opinions tranchées provoquent des réactions. Soyez sans craintes, je suis conscient du caractère « bombe atomique » de mon article.J’ai lancé le sujet, qui selon moi est pertinent, de façon tranchée, nous sommes d’accord.

      Toutefois, je veux souligner l’idée maîtresse de ce billet, que je défends: le coût des allocs doit être incorporé dans celui des études. En clair, moi aussi j’aurais voulu faire la philo, c’était ma voie. Et pourtant, je me suis fait chier à faire du commerce – ah le vil commerce- car les débouchés sont là. Et après, je devrais être solidaire avec le type qui a fait sa philo et qui va pointer encore quelques années? Évidement, je caricature (d’ailleurs, j’ai été incapable de faire le commerce jusqu’au bout, je me suis engagé sur une voie beaucoup moins porteuse, mais ô combien plus stimulante sur le plan intellectuel).

      Dans tous les cas, on en revient à la question de base: comment assurer une certaine adéquation entre la demande et l’offre sur le marché du travail? Car oui, le décalage des exigences est abyssal. Car oui, au final, chacun doit gagner sa croûte. Alors, est-ce l’université, les entreprises ou les deux qui doivent s’adapter?

      Ma réponse: les deux sont interdépendants, il faut décloisonner le monde académique et professionnel d’urgence. A lire dans un prochain billet.

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