les idées qui font des petits!

Ce jeudi 11 mars, j’étais à une conférence à Leuven organisée par la très respectable Vlerick-Leuven Management School.

L’attrait de ce rendez-vous était qu’il réunissait des acteurs du monde politique, économique et académique. Manque de bol, Didier Reynders et Kris Peeters ont été rattrapé par leurs obligations ministérielles.

Face aux remous de la crise, les intervenants ont tenté de répondre à cette question: is innovation the key to get the European economy back on track? – innover est-il la clé pour remettre l’économie européenne sur les rails.

Tous d’abord, personne n’a remis en question la question. Tous les intervenants ont pris pour acquis que « oui », innover est la clé pour sortir de la crise. Les interventions se sont donc construites sur la question du « comment innover davantage? »

A ce sujet,  un premier point de convergence entre tous les participants : l’économie européenne souffre d’un déficit structurel sur le plan de l’innovation.

Après une première discussion sur les problèmes, le débat comportait un second volet sur les solutions à mettre en place. J’ai relevé trois éléments essentiels dans la discussion.

Pour commencer, M. Vander Plaetse (vice président de l’innovation, Belgacom) invite les entreprises à mettre leurs compétences en commun pour créer des synergies. L’interdisciplinarité en permettant de décloisonner les savoirs de chacun stimule l’innovation. En particuliers, sont évoqués des partenariats renforcés entre les grosses entreprises et des petites entreprises au profil très innovateur. Ces dernières ont d’une part un profil à haut risque et un gros besoin en financement et d’autre part un haut potentiel en valeur ajoutée. Les grosses entreprises peuvent leur fournir le cash nécessaire, amortir les risques et profiter de ce potentiel innovateur.

Ensuite, Prof. Dr. Reinhilde Veugel (KULeuven, Bruegel) épingle le rôle moteur de l’Etat dans la mise en place de politiques à l’innovation. En effet,  l’Etat possède le pouvoir de créer un marché et donc de créer de la demande pour de nouvelles innovations (1). Les technologies vertes sont évoquées. Il s’agit donc d’épouser une approche pragmatique et de trouver le bon mixe entre les deux instruments que sont la régulation et le marché, le rôle du premier étant de créer un effet levier (« leverage effect ») pour activer les forces du second. Par rapport à cette nécessité d’une vision étatique stratégique, les intervenants sont unanimes : le politique à trop souvent une vision à court terme, là où des stratégies de long terme sont nécessaires.

Enfin, le responsable de Flanders DC (son nom ne figurait pas sur l’invitation) remonte à la racine du problème : l’européen et le belge en particulier n’aime pas prendre de risques. Pourtant, comme l’indique notre intervenant, « failure is the currency of creativity » -l’échec est la monnaie de la créativité. « Our education system kills creativiy »,  -notre système éducatif tue la créativité- ajoute t-il. Il donne une statistique qui marquera les esprits : « on estime que 95% des élèves ont un haut potentiel créatif en primaire, ce chiffre baisse à 2% en fin de parcours académique ». Il ajoute que seul 3% de la population s’engage dans une activité artistique. Bien entendu, la conséquence est que les entrepreneurs sont trop peu nombreux. Et de conclure sur ces mots : « Napoléon ne codifia que des libertés négatives, si je reste dans leur périmètre rien ne m’arrivera. Il est temps d’affirmer des libertés positives : « Just Do It » ».

Le mot de la fin, je le garde pour le chef de cabinet de Didier Reynders : « Après la seconde guerre mondiale, les européens ont bien rattrapé (« to catch up ») les américains parce qu’ils avaient un projet, une vision. A présent que nous sommes riches, nous nous posons cette question : où allons-nous ? Nous sommes sur la défensive, le politique doit convaincre les gens qu’on doit se concentrer sur l’avenir et non sur le passé ».

Je vous le demande donc : where are we going ?

Dans un prochain billet, j’aborderai la problématique de la gestion des risques induits par l’innovation (organismes génétiquement modifiées, changement climatique, substances chimiques, nanotechnologies) ainsi que le rôle central de la science dans l’information des choix collectifs de gestion de ces risques. En particulier, l’origine épistémologique du principe de précaution sera discutée.

(1) difficile de ne pas voir que la célèbre hypothèse de Porter est à la base de ce raisonnement.

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