les idées qui font des petits!

Archives de 12 mars 2010

Qui a dit « identité wallonne »?

Rudy Demotte a essayé de relancer le débat sur l’identité wallonne. La presse dénonce les jeux politiques. José Happart à la retraite, le PS serait-il donc tenté de ranimer le démon régionaliste ?

La dernière crise institutionnelle ne s’est pas vraiment traduite par une refonte profonde de nos institutions, mais constatons tout de même une évolution dans le jargon politique. Du titre pompeux mais évocateur de « communauté française de Belgique », on passe à l’appellation  –à défaut de Wallobrux –  « d’espace Wallonie-Bruxelles ». La sémantique à toute son importance, on reconnaît ici une collaboration renforcée entre deux régions. D’ailleurs, les ministres-président à la communauté française et la région wallonne font une seule et même personne, une première avancée. Monsieur Demotte  a été bien malhabile en parlant « d’identité wallonne », ce faisant il opère une distinction nette entre bruxellois et wallons et réanime les veilles querelles entre communautaristes et régionalistes. « Si l’enseignement et la culture n’étaient pas des matières communautaires, nous n’en serions pas là » tance M. Collignon (PS). Le refrain est connu. Pourtant, je pense que sur le fond, M. Demotte veut dire qu’il  faut un projet d’avenir mobilisateur  aux wallons en tout cas, au Bruxellois sûrement et aux deux, probablement.

Communautaristes, régionalistes. wallon, bruxellois. On se plante de débat. Je me souviens d’une interview avec M. Herman, politologue (Sciences Po) et professeur à HEC-Ulg. Nous avions eu une discussion sur l’identité wallonne. Il eu alors (à peu près) ces mots : « la Flandre est nationaliste, la Wallonie rationaliste. Nous ne pouvons pas compter sur un projet culturel, communautariste, comme l’a fait la Flandre pour mobiliser ses forces vives. Si nous devons nous rassembler, ce sera autour d’un projet économique. Notre identité culturelle est française, l’identité wallonne est une fiction. Tenez, par exemple, nos meilleurs artistes sont de tout temps montés à Paris ». Je ne pourrais l’exprimer mieux. La Flandre n’est pas la Wallonie. L’identité régionale wallonne n’existe pas. Notre identité culturelle est française, notre identité politique, belge. Par ailleurs, vouloir affirmer une identité wallonne serait une erreur stratégique, elle peut-être un facteur de division entre wallons et bruxellois. Ainsi, pourquoi ne pas tout simplement revendiquer ce que nous sommes, wallons et bruxellois : des belges de culture française.

On se souviendra de deux coups de semonce dans notre histoire. Lorsque Charles Rogier tonnait que « la Belgique sera latine ou ne sera pas » (1834 ?) et lorsque Jules Destrée s’enflammait dans sa fameuse Lettre au Roi (1912) en ayant ces mots : « Et maintenant que me voilà introduit auprès de Vous, grâce à cette sorte de confession, laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : « Il n’y a pas de Belges, mais des Wallons et des Flamands. » On le voit, le débat n’est pas nouveau. Pourtant, ce pays, c’est le nôtre. La Belgique a toujours été considérée comme une nation francophone. La Flandre s’est construite par opposition à celle-ci, ce qui explique en grande partie ce rapport ambigu qu’entretiennent les flamands avec leur identité belge. D’ailleurs, j’observe que ce sont les hésitations de la Flandre qui, elle, possède un vrai projet communautaire (« oui », l’identité flamande existe) qui nous font douter de notre propre identité et provoque notre envie d’affirmer une identité régionale wallonne, un fantasme.  De là à dire que nous, francophones,  pouvons nous revendiquer belge sans la Flandre il y a un pas, que je franchirai. Nous devons nous sentir libre de revendiquer notre identité belge. Avec ou sans la Flandre.

Toutefois, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis. Si l’identité wallonne n’existe pas, l’attachement du belge à sa ville en revanche est très profond. Certes, en tant que liégeois, l’histoire est de mon côté (10 siècles et demi d’indépendance), mais je pense qu’on peut raisonnablement affirmer que les identités locales sont très fortes. Reste que cette remarque ne change rien au fond de la discussion, un marseillais possède aussi une identité locale forte (1). Les bruxellois arguerons que Bruxelles possède des identités multiples, que c’est une ville multiculturelle  (à défaut d’être interculturelle…), etc. Je leur répondrai ceci : certes, comme c’est le cas pour d’autres grandes villes comme New-York, Chicago et Marseille. Les identités sont multiples, bien sûr, et engager un débat sur le sujet comme le font nos voisins français est délicat et dangereux. On n’est jamais loin des caricatures et des dérapages xénophobes.

Cela signifie t-il que Rudy Demotte a tort de lancer le débat ? Non, que du contraire. Pourquoi ? Car les wallons sont un peuple amnésique. L’histoire l’explique, on pourrait consacrer une encyclique au sujet. Comme l’a dit Nietzsche, l’avenir appartient au peuple qui à la mémoire la plus longue. Celui qui ne sait pas d’où il vient, ne sait pas où il va.

So again, I am asking you : where are we going?

Getting the European economy back on track: is innovation the key?

Ce jeudi 11 mars, j’étais à une conférence à Leuven organisée par la très respectable Vlerick-Leuven Management School.

L’attrait de ce rendez-vous était qu’il réunissait des acteurs du monde politique, économique et académique. Manque de bol, Didier Reynders et Kris Peeters ont été rattrapé par leurs obligations ministérielles.

Face aux remous de la crise, les intervenants ont tenté de répondre à cette question: is innovation the key to get the European economy back on track? – innover est-il la clé pour remettre l’économie européenne sur les rails.

Tous d’abord, personne n’a remis en question la question. Tous les intervenants ont pris pour acquis que « oui », innover est la clé pour sortir de la crise. Les interventions se sont donc construites sur la question du « comment innover davantage? »

A ce sujet,  un premier point de convergence entre tous les participants : l’économie européenne souffre d’un déficit structurel sur le plan de l’innovation.

Après une première discussion sur les problèmes, le débat comportait un second volet sur les solutions à mettre en place. J’ai relevé trois éléments essentiels dans la discussion.

Pour commencer, M. Vander Plaetse (vice président de l’innovation, Belgacom) invite les entreprises à mettre leurs compétences en commun pour créer des synergies. L’interdisciplinarité en permettant de décloisonner les savoirs de chacun stimule l’innovation. En particuliers, sont évoqués des partenariats renforcés entre les grosses entreprises et des petites entreprises au profil très innovateur. Ces dernières ont d’une part un profil à haut risque et un gros besoin en financement et d’autre part un haut potentiel en valeur ajoutée. Les grosses entreprises peuvent leur fournir le cash nécessaire, amortir les risques et profiter de ce potentiel innovateur.

Ensuite, Prof. Dr. Reinhilde Veugel (KULeuven, Bruegel) épingle le rôle moteur de l’Etat dans la mise en place de politiques à l’innovation. En effet,  l’Etat possède le pouvoir de créer un marché et donc de créer de la demande pour de nouvelles innovations (1). Les technologies vertes sont évoquées. Il s’agit donc d’épouser une approche pragmatique et de trouver le bon mixe entre les deux instruments que sont la régulation et le marché, le rôle du premier étant de créer un effet levier (« leverage effect ») pour activer les forces du second. Par rapport à cette nécessité d’une vision étatique stratégique, les intervenants sont unanimes : le politique à trop souvent une vision à court terme, là où des stratégies de long terme sont nécessaires.

Enfin, le responsable de Flanders DC (son nom ne figurait pas sur l’invitation) remonte à la racine du problème : l’européen et le belge en particulier n’aime pas prendre de risques. Pourtant, comme l’indique notre intervenant, « failure is the currency of creativity » -l’échec est la monnaie de la créativité. « Our education system kills creativiy »,  -notre système éducatif tue la créativité- ajoute t-il. Il donne une statistique qui marquera les esprits : « on estime que 95% des élèves ont un haut potentiel créatif en primaire, ce chiffre baisse à 2% en fin de parcours académique ». Il ajoute que seul 3% de la population s’engage dans une activité artistique. Bien entendu, la conséquence est que les entrepreneurs sont trop peu nombreux. Et de conclure sur ces mots : « Napoléon ne codifia que des libertés négatives, si je reste dans leur périmètre rien ne m’arrivera. Il est temps d’affirmer des libertés positives : « Just Do It » ».

Le mot de la fin, je le garde pour le chef de cabinet de Didier Reynders : « Après la seconde guerre mondiale, les européens ont bien rattrapé (« to catch up ») les américains parce qu’ils avaient un projet, une vision. A présent que nous sommes riches, nous nous posons cette question : où allons-nous ? Nous sommes sur la défensive, le politique doit convaincre les gens qu’on doit se concentrer sur l’avenir et non sur le passé ».

Je vous le demande donc : where are we going ?

Dans un prochain billet, j’aborderai la problématique de la gestion des risques induits par l’innovation (organismes génétiquement modifiées, changement climatique, substances chimiques, nanotechnologies) ainsi que le rôle central de la science dans l’information des choix collectifs de gestion de ces risques. En particulier, l’origine épistémologique du principe de précaution sera discutée.

(1) difficile de ne pas voir que la célèbre hypothèse de Porter est à la base de ce raisonnement.

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :