les idées qui font des petits!

Ce jeudi 4 mars, Alexander De Croo, le nouveau président de l’Open Vld, nous a fait l’honneur d’une visite en Cité Ardente (Palais des Congrès). L’homme est jeune, très jeune (34 ans). J’aime son style, son franc parler, son accessibilité et sa maîtrise exceptionnelle de la langue française (son père ne lui pardonne peut-être pas son « r flamand » mais moi je trouve que çà en ajoute au charme du personnage).

Pour le communautaire, il faudra repasser. « Je veux faire du socio-économique » nous dit-il. BHV fut évoqué, mais c’est bien  le seul sujet sur lequel l’homme a esquivé la question. Au moment d’évoquer le nœud gordélien –la possibilité d’une scission – , il nous renvoie à la mission de M. Dehaene et à la nécessaire discrétion indispensable à la réussite de celle-ci. Il a raison. Tout de même, il confirme que toucher aux frontières de Bruxelles c’est « onbespreekbaar », indiscutable,  et relance l’idée jadis proposée par Verhofstadt d’une communauté urbaine. Le principe est que des problématiques transrégionales telles que la mobilité par exemple feraient l’objet d’une coopération inter-régionale entre la région flamande et Bruxelloise (Bruxelles-Capitale en flamand…). Une idée à implémenter d’urgence car Bruxelles étouffe dans son carcan communautaire tel Berlin post 45. Toutefois, précisons que ceci ne résout en rien le problème de la scission (1).

Avant de refermer la parenthèse, je me permets d’épingler une contradiction. D’un côté, M. De Croo confirme que la marge de manœuvre communautaire de l’Open Vld sur les dossiers communautaires est étroite. Avec 15% des votes, les libéraux flamands, à défaut de surenchérir, doivent au minimum suivre dans la course au « Bon flamand » nous dit-il. De l’autre, il affirme que nous devons travailler ensemble ; que la Flandre à force de s’enfoncer dans son combat nationaliste et de se comparer aux francophones a perdu de sa compétitivité (2) ; que tout n’est pas rose en Flandre et que la rengaine du « alles wat we zelf doen, doen we better », « tout ce que nous faisons, nous le faisons mieux », est un reliquat de l’histoire (évoquant les cas d’Opel et Carrefour). Et donc de conclure que nous devons travailler ensembles à notre avenir –allant même jusqu’à évoquer une possible réfédéralisation de compétences (les Flanders Houses…) – et que « oui », la Belgique a toujours une valeur ajoutée.

Ceux qui me liront me trouveront sévère : un homme d’Etat ne tiendrait pas ce discours là. Je crois en la bonne foi de M. De Croo, mais un homme d’Etat oserait le pari de mettre le holà à la surenchère communautaire. S’il pense vraiment que la Flandre a tout à perdre dans l’aventure nationaliste, il doit le crier haut et fort. Peut-être même serait-ce là un créneau électoral porteur (au vu des dernières élections régionales et fédérales, je me permets d’en douter. Toutefois, il faut bien constater l’absence d’un discours alternatif en Flandre…) ?! Il s’agit d’être cohérent. Si le Vld à perdu tant d’électeurs (-10%), c’est précisément parce qu’il brouille les cartes depuis un moment (3). La parenthèse est close.

Sur les autres sujets, les convergences entre libéraux du Nord et du Sud du pays ne manquent pas. D’ailleurs, il convient de l’affirmer haut et fort : la famille libérale est la seule en Belgique qui possède toujours une certaine cohésion. Les pensions sont en pôle position. M. De Croo pose le constat évident qu’il va falloir travailler plus longtemps si on veut continuer à pouvoir financer notre modèle social (20% des pensionnés vivent en dessous du seuil de pauvreté). Halte donc aux prépensions et bonjour les mesures fiscales de soutien à l’emploi des 55-65 ans (les coûts du travail de cette tranche de la population active sont trop importants). Ensuite, priorité à l’activation des chômeurs, les jeunes en particuliers (taux de chômage de 35% en région wallonne). Le deal de base serait de faire jouer un maximum la solidarité pour recaser les gens sur le marché de l’emploi mais d’exiger un engagement fort en contrepartie (se former par exemple). Le fonctionnement de la Justice est également mis en cause. Trois domaines sont épinglés : l’insécurité à Bruxelles, la lutte contre la fraude fiscale (4) et l’application des peines. La méthode De Clerck consistant à enfumer le problème sans proposer de véritables solutions en prend pour son grade (5). J’avais assisté à la déclaration de politique en matière d’application des peines pénales la semaine passée à la Chambre et ne peut donc que souscrire à ce discours. Concernant la fraude fiscale, M. De Croo propose de passer un deal avec les fraudeurs : régularisation d’activités et diminution d’impôt en contrepartie. L’idée est bonne, mais reste que ce discours doit être crédible : avec un déficit qui explose, difficile de croire que la pression fiscale pourrait diminuer dans le futur…

L’immigration et la politique controversée de la ministre Turtelboom est également évoquée. La position de base du Vld fait à mon avis consensus en Flandre : le droit d’asile est absolu (lorsqu’un être humain est persécuté dans son pays) mais dans les autres cas, la règle de base est qu’un émigré est le bienvenu dès lors qu’il apporte les garanties d’une intégration économique réussie (ceux qui connaissent un peu la Flandre verront la notion –intraduisible – d’ « inburgering » dans ce propos). Enfin, et c’est là probablement où les bleus se retrouvent le mieux, c’est quand à la nécessité de diminuer les charges pesant sur les bas revenus. La Belgique possède un fameux handicap salarial par rapport à l’Allemagne (12%), assène M. De Croo. Ceci n’est pas un problème si on compense cet handicap par une gestion étatique proactive et accommodante pour les entreprises, ce qui suppose une gestion efficace de l’espace et des infrastructures ajoute-il. De ce point de vue, on peu accorder beaucoup de crédit au gouvernement flamand et émettre quelques réserves par rapport à la gouvernance wallonne ( cf. l’état des routes wallonnes que Serge Kubla (MR) comparait à celui des routes en Albanie dans un article du Vif de la semaine passé. Certes, Elio nous resservira à l’envi que Google a choisi de s’implanter en Wallonie).

Les sceptiques (madame Onkelinx (PS) ?) qui ont intégré la contrainte budgétaire dans le raisonnement émettront quelques réserves à l’égard d’une politique d’allégement des charges sur le travail. En effet, il faudra couper dans les dépenses de l’Etat si on ne trouve pas d’autres recettes. Et c’est là que libéraux et socialistes se retrouvent : M. De Croo parle d’un « Pacte de Prospérité ». L’idée est simple : si vous voulez redistribuer davantage de richesse, il faut commencer par en créer. Là, notre invité pense à M. Vandenbroucke (Spa) pour trouver un terrain d’accord avec le Spa. Malheur, celui-ci est marginalisé au sein de son parti !

Enfin, M. Reynders a conclu cette entrevue en évoquent la nécessité de préparer la Réforme de l’Etat et de transférer de nouvelles compétences aux régions. A ce sujet, M. De Croo épingle la loi du 16 juillet 1989 concernant le financement des régions et communautés qui a l’effet pervers de mettre le fédéral dans la rouge alors que « Vlaanderen zwemt in het geld », la Flandre nage dans l’argent (dixit André Alen, professeur de droit constitutionnel (Kul) et juge à la cour constitutionnelle). D’où l’urgence de responsabiliser les régions financièrement (actuellement, elles reçoivent une dotation du fédéral et disposent de peu de recettes propres). Pour comprendre ceci, M. De Croo donne un exemple pour le moins « structurant » : si une région engage davantage de fonctionnaires, le fédéral trime.

Voilà, l’objet de ce biais était de montrer que flamands et wallons arrivent encore parfois à dialoguer. On voit qu’en dehors du terrain communautaire, les convergences entre libéraux du nord et sud du pays ne manquent pas. J’avais identifié une convergence dans le débat médiatique qui ne fut pas débattue ce soir là: la nécessité de réformer notre système électoral. Je sais que les points de vue de M. Reynders et M. De Croo sont proches.

Notre invité avait commencé son discours par ces mots : « nous libéraux sommes avant tout des réformateurs ». A quand une déclaration de politique commune ?

(1) Voir l’article de ce Blog : « Théorie du Chaos appliquée à la Belgique. BHV : un casus belli ».

(2) la Flandre régresse depuis quelques années dans le classement du Financial Time des régions les plus attractives.

(3) M. De Croo pose ce constat édifiant : beaucoup d’électeurs Vld se sont tourné vers la Nva. Parmi ceux-ci, un tiers pour des raisons de radicalisation communautaire. Les deux autres tiers par manque de clarté et de constance dans le message du Vld. On le devine, la Nva menée par le charismatique Bart de Wever et proposant un programme simpliste (« alles vlaams ») mais translucide a fait carton plein (+ 9% aux élections régionales de 2009).

(4) De 15 à 20% de l’économie belge selon M. De Croo. Ceci représenterait un manque à gagner de 5 à 10 milliards pour l’Etat.

(5) Le flamand use d’une expression croustillante pour décrire la méthode de notre ministre de la Justice : « wollig ». Soit, volumineux comme de la laine, mais vide de l’intérieur…

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