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L’objet de ce biais est d’exposer de façon concise les raisons de la crise. La première clé de compréhension est que les taux d’intérêts aux Etats-Unis ont été maintenu trop bas. Deux facteurs l’expliquent. (1) la réserve fédérale américaine (FED) a maintenu un taux d’intérêt directeur beaucoup trop bas car elle craignait les effets déflationnistes de l’éclatement de la bulle des dotcoms. (2) les américains vivent à crédits depuis quelques années. Ils ont creusé un déficit toujours plus important (voir graphique 1). Les pays étranger –la Chine en particulier – ont financé ce déficit afin d’éviter une dévaluation du dollar qui affecterait leur compétitivité. Le crédit étant bon marché, les ménages se sont endettés. Ici sont bien sûr visés les fameux crédits « subprimes ». Ce terme est employé pour désigner une forme de crédit hypothécaire (mortgage) avec un taux d’emprunt variable. C’est donc un crédit immobilier gagé sur le logement de l’emprunteur. Sur base de ces crédits de plus en plus de ménages américains ont acheté des maisons et une bulle immobilière s’est créée (voir graphique 2).

Une seconde clé de compréhension est que les banques détenaient les créances des prêts octroyés à l’actif de leur bilan. De ce fait, elles supportaient les risques y afférent. C’est pourquoi elles ont mis au point des montages financiers alambiqués afin de diversifier le risque (titrisation). Deux méthodes furent utilisées. La première, appelée « risk pooling », est une technique qui consiste à mettre des créances ensembles et puis à les « repackager », les rediviser en tranches, en fonction de l’appétit pour le risque (« risk appetite ») des acteurs financiers. Une seconde technique consiste à faire fusionner des produits ayant un rating, niveau de risque, identique (CDO2).

Sans aller dans les détails, il est fondamental de comprendre que les banques ont été naïves car ces deux techniques se fondent sur le postulat que le risque n’est pas systémique, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de corrélation entre les risques des créances « repackagées ». Rien n’est plus faux. Pour être concret, les crédits hypothécaires dits subprimes ont été octroyés sur base de la valeur actuelle sur le marché immobilier de la maison hypothéquée. Or, la capacité de remboursement de beaucoup des emprunteurs a été surévaluée ( = responsabilité professionnelle des banquiers). Certains d’entre eux se sont sur-endettés jusqu’à être en rupture de paiement. A partir du moment où la valeur de l’hypothèque est inférieure à la valeur de la créance dont il est le débiteur, un emprunteur a intérêt à prononcer sa faillite. Soit, dire à la banque : « je ne vous rembourserai pas ». Dans ce cas, le seul moyen dont disposent les banques pour recouvrer leur créance est de saisir la maison pour la mettre en vente. A ce point précis, deux mécanismes économique pervers ont joué : (1) les banques ont commencé à accuser des pertes : la différence entre le montant de la créance et le prix de vente de la maison. (2) En revendant les maisons saisies, l’offre de maisons sur le marché immobilier a augmentée, ce qui a fait chuter les prix. Le processus a enclenché un effet boule de neige –un effet systémique – : les valeurs de toutes les hypothèques ont chutées, de plus en plus de débiteurs sur-endettés se sont prononcés en défaut de paiement,  les banques ont accusées de pertes toujours plus grandes.

Reste à savoir comment la crise au départ financière a eu un impact sur l’économie réelle. Deux éléments à ce sujet. Premièrement, en 1921, la Grande Dépression fut causée par la crise de confiance du public en la capacité des banques à rembourser les dépôts. S’en est suivie une panique financière : chacun à retiré son argent du système financier ce qui s’est soldé par de nombreuses banqueroutes. Ce n’est pas ce mécanisme qui fut à l’œuvre en 2007. Ici, c’est une crise de confiance intra-bancaire qui a joué. Certaines banques accusant des pertes devaient se refinancer chez les autres banques ou à la banque centrale. Or, les banques sont devenues très réticentes à se prêter entre elles. En atteste le graphique 3. La conséquence fut un « assèchement » du marché du crédit. Les banques pour compenser leurs pertes ont haussé le taux d’intérêt des prêts octroyés aux entreprises et aux particuliers. Ce phénomène s’est vu d’autant renforcé par un processus pervers : les gens qui sollicitent des crédits sont souvent ceux qui en ont le plus besoin. En jargon économique, on dit qu’ils « s’auto-sélectionnent ». Il y a une asymétrie d’informations entre les informations que possède la banque et celles que possèdent ses clients (qui peuvent cacher des informations concernant leur capacité de remboursement). Puisque la banque est incapable de séparer le bon grain de l’ivraie, il s’ensuit une hausse du coût du crédit pour tout le monde.

Figure 3. TED-spread: différence entre le LIBOR à 3 mois et le taux d’intérêt du trésor à 3 mois. Source : G. De Bruyne. Macroeconomics.

Un second élément est que la richesse d’un ménage est composée de deux éléments : le patrimoine et les revenus du travail. Des actifs financiers constituent de plus en plus souvent une part non-négligeable de cette richesse. Pour être concret, un nombre croissant de ménages possèdent des actions. Beaucoup de ménages (américains) possédaient les fameuses créances titrisées qui incluaient les crédits subprimes. Or, lorsque la bulle immobilière de ces crédits s’est effondrée (selon le processus décrit deux paragraphes plus haut), leur risque a augmenté en flèche (c’est pourquoi on parle de produits toxiques) faisant chuter leur valeur (à la fin on ne savait plus  les « rater »). Ces actifs faisant partie de la richesse des ménages, celle-ci a diminuée. S’en est suivie une baisse de la consommation ; une diminution de la demande en biens et services. Les entreprises faisant moins de profit, elles ont dû réajuster leur stock de capital (les travailleurs et les machines). Les investissements ont chuté (= crise de confiance) et les licenciements de masse ont suivis.

Le débat à présent. Les gouvernements ont-ils pris les bonnes décisions en sauvant les banques ?

Je pense que oui, sinon c’est tout le système financier qui s’effondrait. Par contre, là ou je ne suis pas d’accord, c’est que refinancement s’est fait avec de l’argent public. Soit, de l’argent de tous les contribuables, ce compris les travailleurs qui rament au quotidien pour gagner leur pain. On peut invoquer (difficilement selon moi) la responsabilité financière des ménages qui détenaient des actifs toxiques (car ils avaient un pied dans le système), mais pas celle de l’honnête travailleur qui trime au quotidien, à l’ombre des requins de la finance. Les responsables doivent payer donc.

Pourtant, paradoxalement, on serait bien en mal de les identifier. Les banquiers, les traders ? Ils n’ont fait que jouer les règles du jeu. Certes, ils se sont laissé gagner par l’appât du gain –une grave dérive du capitalisme financier – mais ceci fut possible par l’absence de limites, d’un cadre : la crise financière met en exergue une faillite de la social-démocratie. L’Etat n’a pas assumé son rôle de régulateur des échanges, de garant d’un développement harmonieux de ceux-ci à long-terme. La question est de savoir s’il a failli sciemment à cette responsabilité –auquel cas il est coupable– ou s’il était objectivement dans l’incapacité d’encadrer l’économie.

On peut clairement invoquer la responsabilité coupable du gouvernement américain (et de la Réserve Fédérale  (FED)?). En tant que superpuissance, l’Amérique avait (et a toujours) la capacité d’imposer des normes strictes à la finance mondiale. Sous Bush, les conservateurs étaient au pouvoir, l’idéologie qui dominait était l’auto-régulation par le marché. Selon moi, pas par idéalisme, mais tout simplement parce que cette approche desservait les intérêts de puissants corporatismes. C’est un avis personnel. L’Europe possède également potentiellement cette capacité à peser sur les affaires du monde. Je dis potentiellement parce que dans ce cas-ci, elle a été paralysée par des luttes d’influences intra-communautaires. Pour être clair, les Britanniques –Londres est la première place financière européenne – étaient (et sont toujours) farouchement opposés à un encadrement strict des activités financières. Les européens sont donc aussi responsables et ce même si les conditions d’émergence d’un compromis interne sont plus complexes.

Enfin, se pose la question des leçons à tirer de la crise. En a-t-on tiré les leçons ? J’aurais tendance à dire que non. Aucuns changements substantiels jusqu’ici. Pourtant, les solutions sont connues. Tout d’abord, il a été proposé de pallier au déficit de gouvernance mondiale en confiant le rôle de régulateur financier au Fond Monétaire International (FMI). Il est évident que les américains ont refusé. Idéalement, le principe fondateurs du FMI qui est « un dollar, une voix » devrait être remplacé par le principe « un joueur, une voix ». Ceux qui me suivent l’auront compris : j’évoque ici l’idée d’embryon d’une démocratie mondiale. Ce n’est pas pour demain. Ensuite, comme la précisé le professeur de Grauwe (Kul) lors d’une conférence-débat des jeunes libéraux flamands de Louvain, il faut réopérer la distinction entre banques d’affaires et banques traditionnelles. Le but des premières est de faire du profit, ce qui suppose de prendre des risques. Ceux qui décideraient de confier leur argent à ces banques s’exposeraient aux conséquences d’une possible faillite. Les banques dites traditionnelles quant à elles se concentreraient sur le métier de base d’une banque. A savoir, collecter l’épargne du public afin d’octroyer des prêts. Soit, fluidifier le circuit économique.

Pourquoi réopérer cette distinction? Car dans la situation actuelle, l’Etat ne peut prendre le risque de laisser une grosse banque aller à la faillite ce qui implique que la collectivité est implicitement l’assureur des banques. Les banques le savent et ont un incentif limité à gérer les risques. En opérant cette réforme, ceci ne serait plus vrai pour les banques d’affaires. De plus, le professeur de Grauwe suggérait de limiter l’impact d’une possible faillite en posant des limitations à la taille des banques.

Enfin,  -ce dernier élément est beaucoup plus important que la nécessité d’une régulation plus stricte- il faut rétablir le déséquilibre macro-économique qui est à l’origine de la crise : les Etats-Unis doivent réduire leur déficit et arrêter de vivre à crédit. Ceci suppose que l’étranger –la Chine en particulier – cesse de financer ce déficit.

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Commentaires sur: "Crise Financière: qui doit payer?" (2)

  1. Sacré Loïc a dit:

    Salut Thibaut,

    Tes interventions sont toutes super intéressantes et elles élargissent ma réflexion

    Je suis tout à fait d’accord avec toi sur la responsabilité de l’état qui n’a rien fait pour prévenir la crise et réguler le marché.

    Si la cupidité est un vice, peut-on en vouloir à une banque de vouloir faire du profit et de maîtriser si bien la législation, souvent mieux que l’état, qu’à un instant t cette prise de risque est très rémunératrice

    De toute évidence, le régulateur, quel qu’il soit (européen, américain ou même belge) n’a pas sû(ni voulu) imposer au système financier ce cadre dont les banques auraient fini par s’accommoder. Le capitalisme, n’a-t-il pas d’ailleurs besoin d’un cadre clair pour se développer. Il préfère encore une annonce claire d’hausse des taxes, qu’un flou entretenu durant plusieurs mois.

    Les états ont également naïvement crû pouvoir régler ainsi la problématique de la pauvreté en rendant tout le monde propriétaire et régler définitivement le problème de la croissance en maintenant des taux d’intérêts faibles.

    Par la suite, ceux-ci ont augmenté trop rapidement à cause d’une inflation galopante, mon taux d’intérêt brut sur mon épargne, n’a jamais été aussi élevé qu’avant la crise

    Là où je ne suis pas tout à fait d’accord, c’est sûr tes propos concernant le sauvetage des banques. Celui-ci était plus que nécessaire. La classe moyenne et moyenne supérieure en fût le premier bénéficiaire, celle-ci ayant généralement moins d’actifs placés en actions, or, immobilier que les très riches. Ses avoirs étaient par contre largement supérieurs aux maigres 20.000€ de garantie de l’état. Les très riches auraient toujours sû s’en sortir avec ces actifs, pour les autres c’est l’épargne d’une vie. De plus, il fallait sauver les banques et les états, notamment la belgique, n’ont rien fait pour prévenir la crise(CBFA inefficace…). Ce que je trouve par contre discutable, c’est la façon dont l’état belge a démantelé Fortis sans réellement consulter l’actionnariat?

    Je pense également que le débat du sauvetage ou non mérite d’être élargi à la problématique de la sécurité sociale et des pensions. Il est en fait qu’en Belgique, cette fois je ne dois pas parler de Péjigonie, les pensions légales sont insuffisantes pour le maintien d’un certain niveau de vie et la situation va s’empirer sous l’effet du vieillisement. Dans la mesure où l’état encourage de ce constituer une pension par les deuxième, troisièmes, quatrièmes pilliers et plus largement par l’épargne, il doit moralement garantir l’épargne de toute une vie au commun des mortels sans imposer une dispersion excessive des avoirs entre diverses banques (100.000€ de garantie de l’état par banque). En garantissant l’épargne on garantit la consommation, le citoyen cherchant sinon à se reconstituer une poire pour la soif.

    J’ai hâte de lire ta réaction et celles des autres lecteurs pour que naissent le débat sur tes pages. En tout cas le débat est très complexe et même un PJ d’une semaine avec une parité d’économistes et de Juristes n’arriverait pas à un texte équilibré.

    A bientôt, je l’espère

    • Salut Loïc,

      merci pour ta réaction. Il est évident que je ne conteste pas le sauvetage des banques. Vu la taille de certaines d’entre elles on pouvait difficilement se permettre de les laisser aller à la faillite sans mettre le système financier en péril. Il reste qu’il faut que les responsables payent. Ils sont plus difficile à identifier que ne le suggère un raisonnement primaire, mais le fait que l’honnête travailleur doivent payer les frasques de certains me pose un sérieux problème éthique.

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